Texte de Martine Libertino extrait des Réflexions de l'aube

Les erreurs de notre société

Nous pourrions épiloguer longuement sur les erreurs de notre société, sur l’égoïsme et le racisme, sur l’incompréhension entre les êtres et les peuples et sur les injustices génératrices de souffrances.
Nous pourrions également trouver des moyens de plus en plus drastiques de lutter contre la corruption, construire des prisons de plus en plus performantes pour empêcher les malfaiteurs et les criminels de nuire, nous pourrions aussi formater notre âme afin qu’elle ne souffre plus de sa sensibilité, nous blinder contre les coups durs et nous mettre à l’abri du besoin par la richesse et la possession.

Oui, nous pourrions faire cela.

Nous ne serions pourtant pas à l’abri de l’essentiel : le besoin de l’Homme d’être heureux, de répondre par l’affirmative à la lumière de son idéal, de chercher la beauté dans chaque souffle de vie et, sans pouvoir y échapper, de rêver à l’amour et aux grands thèmes des valeurs fondamentales sacralisées par la création de ce que nous appelons la foi.

Si nous refaisions notre histoire et que nous imaginions l’espace d’un instant que le souffle de la spiritualité n’est plus l’apanage de nos religions mais simplement une philosophie d’exister, une manière de traverser notre vie et de comprendre nos expériences, nous serions alors capables de réaliser concrètement ce dont nous rêvons secrètement et cesserions de penser que la raison doit l’emporter sur l’utopie.

La raison

La raison n’est pas ce que nous en avons fait. Nous l’avons confondue avec obligation et contrainte. Elle est au contraire la phase terminale faisant appel à l’analyse de notre idéal nous offrant la méthode capable de le concrétiser dans les meilleures conditions.
La raison, issue de notre intelligence ne nous limite pas dans notre développement mais nous offre les moyens d’élargir nos facultés, de faire naître et de réaliser nos rêves.

Cette perception du Monde et de l’Homme nous ouvrirait alors à de nouvelles conceptions et à la vérité incontournable que nous sommes tous les maîtres de notre bonheur et de l’évolution heureuse de chaque peuple. N’avons-nous pas inventé le terme fatalité pour nous prouver que nous ne sommes pas responsables et afin de laisser libre cours à nos nombreuses justifications.

L’humanité

L’humanité est composée d’êtres multiples, de toutes cultures et de toutes religions, et nous sommes pourtant si semblables. Face à la douleur et à la joie, femmes et hommes, jeunes et vieux, peuples de toutes couleurs ou de toutes latitudes, nous éprouvons les mêmes sentiments et les mêmes émotions, les mêmes besoins d’aimer et d’être aimés, les mêmes frustrations et les mêmes colères.
Notre siècle ne peut plus alors cacher ses plaies et ses erreurs de jugement derrière la différence qui sépare les peuples. En élargissant notre regard, non sur le Monde mais sur nous-mêmes, nous comprendrons que les solutions sont à notre portée.

Cesser de croire que la peur nous protège

D’abord, cesser de croire que la peur nous protège. Ensuite, refuser de penser que la raison exige le renoncement à l’imagination et au rêve, enfin, s’interdire toute compromission et agir comme si nous n’avions rien à perdre ; car nous n’avons rien à perdre mais tout à y gagner.

Le pouvoir et la réussite

L’Homme ne se résoudra jamais à la petitesse. Il se voudra toujours plus grand. C’est ainsi que certains accumulent pouvoir et possessions et que d’autres les envient tout en éprouvant un sentiment d’injustice et d’infériorité.

À l’évidence, notre société nous enseigne une seule facette du pouvoir inaccessible à la majorité. L’autre facette, accessible à tous, est occultée par la non-connaissance, les tabous et les préjugés. Dès sa naissance, l’enfant est formaté par des concepts erronés qui ne lui permettent pas de respecter les besoins de sa personnalité et de son idéal.
Dans le cas contraire, la peur, le doute et la culpabilité l’aideront à fermer ses sens à ses multiples possibilités de découvertes et de réussite.

Nous sommes suffisamment intelligents pour admettre qu’en conclusion notre décision d’obéir à des conventions est tout aussi aléatoire que celle de répondre à notre idéal de fraternité, de bonheur et de paix. Qui nous dit que ce sacrifice nous rendra justice et que la société nous en sera reconnaissante ?

Conclusion

Par cette nouvelle optique, nous serions capables de discerner nos immenses aptitudes à œuvrer à l’élaboration d’une vie dans laquelle l’idéal, la prise de conscience et le respect des besoins de l’autre, la fraternité et un large regard aimant sur le Monde seraient capables de côtoyer réussite matérielle et respect de nos propres besoins, l’individualité et la liberté.

Un individu, une communauté, un peuple sont les éléments d’une société représentative de ce que nous pensons, voulons et, de ce fait, construisons.
Pour cette raison, notre force incommensurable doit être reconnue, comprise et éduquée pour que nous n’en soyons pas les victimes consentantes.

La société, assemblage de tous ces éléments, est ce que nous faisons d’elle et ce que nous croyons qu’elle sera. Elle peut devenir ce dont nous rêvons et ce que notre détermination lui demande ou rester notre pire ennemie et la raison de notre douleur.

ouvrages de martine libertino à consulter

Sauver notre société, utopie ou réalité, 2009
La Yougoslavie sacrifiée ou comment sacrifie-t-on les peuples sur l'autel de la raison d'état, 1999

À écouter

Conférence/débat de Martine Libertino
Le bonheur au travail comme facteur d’efficacité n’est pas une utopie mais une nécessité. Salon du Mieux-Vivre, Fribourg
Modératrice : Fabienne Lagier
Org. : Salon du Mieux-Vivre, Fribourg

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