Extraits de texte de Martine Libertino

sur l’éducation

Dans le développement de tout être humain, l’éducation revêt une importance fondamentale. Elle façonne le caractère d’un enfant, son idéal, sa vision de lui-même, de ses proches et de la société qui l’entoure. Ses parents, comme ses enseignants, le guideront à découvrir les traits de sa personnalité, les talents dont il pourra profiter et les écueils découlant de ses problèmes émotionnels.
Mais leur travail ne sera pas complet s’ils ne lui inculquent pas l’amour et le respect de lui-même.
Seule cette condition le rendra heureux, motivé, capable d’assumer plus tard son rôle d’adulte et de contribuer au devenir d’une société juste, pacifique et équilibrée dont notre monde a tant besoin.

Ayant eux-mêmes subi une éducation répressive, de nombreux adultes éprouvent actuellement le besoin de respecter l’autonomie et les besoins de leurs enfants mais ils tendent souvent à confondre liberté et laxisme. Cet état d’esprit venant pourtant d’un bon sentiment charge l’enfant d’un fardeau inapproprié : celui d’assumer des choix qui ne correspondent pas à son niveau de maturité. Cette mauvaise interprétation de la liberté ne rend pas les enfants responsables mais faibles et égoïstes. En outre, elle les prive de la possibilité, pourtant vitale pour leur bonheur, d’admirer et de respecter les adultes censés les guider.

La personnalité de l’enfant et son

éducation

L’enfant naît doué de qualités lui permettant un plein épanouissement s’il en accepte l’authenticité et s’il les assume pleinement. Mais une connaissance parfaite de ses besoins et de son fonctionnement lui est indispensable. Tant qu’il ne prend pas conscience de cela, deux êtres en lui se confondent : sa Conscience connaît ses besoins et les respecte, son subconscient, réceptacle de ses peurs, refuse la vérité et se justifie en chargeant la responsabilité des autres ou de la vie.

S’ils acceptent de pousser plus loin les limites des conventions, s’ils cessent de baisser les bras, de se laisser submerger au moindre doute ou par leurs propres difficultés les rendant inaptes à évaluer les besoins de leurs enfants, les parents constateront avec joie qu’ils possèdent des ressources d’amour, d’intelligence, de perceptions intuitives leur permettant de sentir et de dépister le meilleur pour l’équilibre de ceux dont ils ont la charge. Mais pour cela, une réconciliation avec eux-mêmes est nécessaire.

Du mauvais usage de la liberté

Aujourd’hui, les parents veulent respecter les aspirations de leurs enfants parce que leurs propres parents n’ont pas respecté les leurs. Ce désir les incitant à offrir à leurs enfants une liberté dont eux-mêmes n’ont pas toujours profité ne découle pas d’une prise de conscience adulte mais de la culpabilité d’imposer une autorité.
Des questionnements tels que Ne sommes-nous pas trop directifs ? Respectons-nous les besoins de nos enfants ? débouchent alors sur des conceptions erronées : Je ne peux obliger mon fils ou ma fille à faire ce qu’il ne veut pas et je ne peux agir sans son consentement.
Cette interprétation incorrecte de la liberté les conduit à offrir à leurs enfants un pouvoir et une responsabilité que ces derniers ne peuvent assumer sans éprouver la souffrance de l’abandon et sans un sentiment d’injustice engendrant colère et agressivité.

Respecter ces valeurs éducatives veut dire : apprendre à ne pas confondre liberté et égoïsme. Aimer sans accepter de guider un enfant ou un adolescent est donc un leurre. Sans la fermeté et la sûreté attentionnées de l’adulte, il deviendra faible et indifférent à ses propres besoins et à ceux de son entourage.
Sans y prendre garde, nous construisons ainsi la société de demain.
Apprendre d’abord à nos enfants à découvrir leur véritable personnalité et à l’aimer, les aider ensuite à en découvrir les embûches et à comprendre leurs responsabilités seront les premières étapes qui les libéreront des entraves dont nous avons nous-mêmes soufferts. Ils seront ensuite capables d’entrevoir la notion de la liberté parce que l’idéal que nous leur aurons inculqué les rendra généreux, forts et créatifs.

Le devoir des adultes

Depuis de nombreuses années, les problèmes de l’enfance tardent à se résoudre car le monde des adultes ne comprend peut-être pas à quel point nos enfants nous ressemblent et, surtout, à quel point leurs souffrances sont semblables aux nôtres. De ce fait découle un malentendu tendant à devenir chronique, à savoir que le monde de l’enfance ne peut être compris que par des spécialistes. Acceptant cette théorie, ne risquons-nous pas de faire preuve de laxisme et les parents ne se croyant pas à la hauteur, ne laisseront-ils pas à d’autres le soin de prendre en charge les questionnements et les révoltes de leurs enfants?

Quant aux enseignants, ne pouvant résoudre les difficultés de leurs élèves, spectateurs de problèmes qui leur échappent, ne se borneront-ils pas à donner leur enseignement, perdant leur enthousiasme et leur désir de transmettre un savoir si utile à l’élévation culturelle de notre société ? Aussi, est-il temps de se questionner sur les causes de ce mal. Pourquoi les violences en milieu scolaire et la dépression de l’adolescence ? Pourquoi la boulimie, l’anorexie surgissant à l’aube d’une vie d’adulte ? Pourquoi les suicides, la drogue, l’alcoolisme, l’addiction à internet et aux jeux virtuels détruisent-ils sous nos yeux atterrés les enfants issus de notre chair ? Pourquoi tout simplement l’incompréhension et la douleur des conflits que l’on nomme pudiquement les conflits de générations ?
Les problèmes inhérents à la violence intérieure des jeunes soumis à la colère, à la peur, au manque de confiance et d’amour, au mépris de leurs besoins fondamentaux pourraient être canalisés dans une réflexion commune entre éducateurs et enfants. Cette réflexion porterait sur la possibilité d’un échange et d’une volonté partagés en vue d’améliorer les compétences de chacun dans tous les domaines, y compris celui de la découverte des potentialités réelles de chaque personnalité.

A long terme, un travail continu aiderait les enseignants à accompagner des enfants et des étudiants épanouis et équilibrés qui se sentiraient certainement plus motivés pour un parcours de leur vie mieux compris. Mais notre société est trop pressée pour s’attarder sur les causes d’un mal dont on soigne depuis trop longtemps les symptômes.

Endiguer la violence intérieure provoquée par la souffrance est un devoir. Il incombe autant aux parents qu’aux éducateurs et aux décideurs politiques. L’intégrité de notre société, sa cohésion et le destin de la jeunesse en dépendent. Mais notre bonheur à tous n’en dépend-il pas ? Car notre regard d’aujourd’hui sur le monde de l’enfance ne peut souffrir de voir la pureté se ternir, le rêve s’évaporer. Devant un tel désarroi, chaque être humain se sentirait trop démuni. Il deviendrait la proie d’une culpabilité et d’une angoisse alimentant sa part de faiblesse. Parents et éducateurs, ainsi que nous tous adultes, avons les moyens de rendre nos enfants heureux.

Écouter son cœur équivaut à entendre celui de l’autre

Apprendre à s’aimer, saisir le sens de ses besoins, croire en son idéal et en son avenir, mais surtout, réaliser que nos enfants nous ressemblent et éprouvent des besoins identiques aux nôtres, rayonnent des mêmes bonheurs et souffrent des mêmes malheurs, voilà ce que les adultes doivent assimiler. À force de leur faire croire que seules les années d’études donnent une crédibilité à la connaissance, ils en ont oublié leur intelligence de la vie.
Écouter leur cœur et leur Conscience, se laisser porter par leur fantaisie, leurs idéaux, faire également confiance au simple bon sens dont chaque humain dispose les conduira plus radicalement à comprendre leurs enfants, parce qu’ils se comprendront également eux-mêmes.

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